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Un conte soufi de Rumi


Un conte soufi de Rumi 
« L'art des Chinois et l'art des Byzantins »

Les Chinois et les Byzantins discutaient pour savoir lesquels étaient meilleurs artistes.
Le Roi dit : "Nous allons régler cette question par une joute oratoire".
Les Chinois parlèrent les premiers, mais les Byzantins ne disaient rien.
Ils sortirent.
Les Chinois proposèrent que chaque partie dispose d'une salle pour y faire preuve de son art ;
deux pièces se faisaient face, séparées par un rideau.

Les Chinois prièrent le Roi de leur donner cent couleurs,
et chaque matin, ils vinrent prendre les centaines de teintures différentes.

Les Byzantins ne prirent aucune couleur : "Aucune n'est nécessaire à notre art".
Ils s'affairèrent à nettoyer et à polir les murs de leur pièce.
Chaque jour, toute la journée, ils s'appliquèrent à rendre ces murs
aussi purs et aussi clairs que le ciel azuré.

Il est un chemin qui mène du multicolore à l'incolore.
Sache que la prodigieuse variété des nuages et du temps
provient de la lune et du soleil dans leur simplicité.

Leur tâche terminée, les Chinois, dans leur joie, se mirent à battre le tambour.
Quand le Roi pénétra dans leur salle, il fut frappé
par les innombrables couleurs chatoyantes et la minutie des détails.

Les Byzantins retirèrent alors le rideau qui séparait les deux salles.
Les peintures des Chinois se reflétèrent magnifiquement sur les murs clairs des Byzantins.
Ils y étaient encore plus vivants et encore plus beaux, miroitant sous l'effet de la lumière.

L'art de ces Byzantins est comme le soufisme.

Ils n'étudient pas de livres philosophiques.
Ils se purifient encore et encore.
Ni désir, ni colère.
Dans cette pureté, ils reçoivent et reflètent les images de chaque instant,
d'ici-bas, des étoiles, de la vacuité.
Ils les reçoivent comme s'ils les voyaient avec la Lumière divine qui les contemple. [1]



1. Extrait du Masnawi de Jalaleddin RUMI, Livre I