« La religion est une réalité ('Inna ad-dîn la-wâqî'). » (Coran 51 : 6)
« La pratique de la religion se limite souvent à fréquenter
telle ou telle institution religieuse. Les motivations varient, mais il s'agit
généralement de la crainte d'un châtiment, de l'espoir d'une
récompense pour les bonnes actions, de sentiments de culpabilité,
du repos de l'âme ou de motivations sociales et culturelles. Or, ce n'est
pas là la réalité de la religion. » [1] « La plupart
des gens, quand on leur pose la question "Comment savez-vous vraiment que
Dieu existe ?", répondent que c'est leur sentiment intérieur
qui les assure de l'existence de Dieu. Mais comment peut-on se contenter de
tels "sentiments" et sensations ? » [2]
Une célèbre parabole de Rumi nous fournit une bonne illustration
de ce problème :
Un éléphant se trouvait enfermé dans un bâtiment
non éclairé. Il avait été amené d'Inde pour
être montré au public.
Nombreux étaient ceux qui pénétraient en cet endroit obscur
pour le voir.
Or, voir l'éléphant était impossible tant il faisait noir,
si bien que chacun le tâtait de ses propres mains.
Quelqu'un, ayant touché la trompe, déclara : "Cette créature
ressemble à un tuyau".
Un autre, ayant touché l'oreille, eut l'impression que l'éléphant
était une sorte d'éventail.
Un autre, dont la main avait atteint une patte, dit : "Pour moi, l'éléphant
a la forme d'une colonne".
Enfin, un autre encore, dont la main avait touché le dos de l'animal,
déclara : "En fait, cet éléphant ressemblait à
un trône".
Et ainsi de suite, chaque personne touchant une certaine partie de l'éléphant
appliquait ses facultés de compréhension en fonction de la zone
particulière qu'elle percevait par le toucher.
Leurs dires étaient dissemblables et contradictoires parce que chacun
percevait une zone différente. Quelqu'un donna comme surnom à
l'animal la lettre penchée "dâl", un autre la lettre
droite "alif".
Si chacune de ces personnes avait eu dans sa main une chandelle, il n'y aurait
plus eu aucun désaccord dans leurs propos. [3]
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Le voile de l'ignorance disparaît quand la lumière de la connaissance
fait apparaître la réalité. Réaliser la connaissance
à l'intérieur, par-delà les limitations de l'expérience
des sens, par-delà l'acceptation du comportement d'autrui, par-delà
la pratique de faux rituels, par-delà les croyances mentales aveugles
et par-delà le doute et l'incertitude, voilà l'objet du soufisme.
Le Coran (51 : 6) déclare : « La religion est une réalité »,
une réalité qui doit être connue. Le soufisme consiste à
découvrir cette réalité. L'objet du soufisme est la connaissance
de Soi, laquelle mène à la connaissance de Dieu.
Hazrat Salaheddin Ali Nader Angha, maître soufi oveyssi, évoque
ainsi la réalité de la religion :
« Le mot 'erfân saisit l'essence du soufisme. 'Erfân vient du mot
ma'refat qui signifie connaissance. Dans ce contexte, il désigne la connaissance
de soi, qui amène à connaître la réalité de
l'Existence et à se rassasier de la connaissance et des mystères
du divin. C'est la voie des prophètes. C'est pourquoi j'ai défini
le soufisme comme la réalité de la religion. » [4]
1. Hazrat Nader ANGHA, Sufism,
A Bridge between Religions, M.T.O. Publications, Riverside, CA, USA, 2002, p 15.
2. Ibid, p 17.
3. Jalaleddin RUMI,
Mathnawi, livre III: 1259-1268.
4. Hazrat Nader ANGHA,
Theory "I", M.T.O. Publications, Riverside, CA, USA, 2002, p 122.